Edition du Dimanche 27 Mars 2005 Actualite /Arras / Page 11 / Article 1 > Environnement



Jeudi, les membres de NATS se sont réunis à Gouy-en-Ternois pour faire état de leurs dernières découvertes

Ternas, future « décharge » pour pesticides ?

Inquiets et sur leurs gardes, voilà l’état d’esprit dans lequel se trouvent les membres de NATS (Non à Ternois Seveso). Et le mutisme de l’Administration, de plus en plus pesant, n’arrange en rien le problème.
Après le politique, c’est au tour de l’Administration de semer le doute, laissant ainsi la porte ouverte à de nombreuses interprétations. Et à la suspicion, même. Depuis leur manifestation à Arras, le 29janvier dernier devant les portes de la préfecture, les membres de NATS ne savent plus vraiment où se trouve «leur» dossier*. Celui qui les oppose à la société Act’Appro, «pour la protection de l’environnement des habitants et non pour nuire à quiconque», prévient Laurent Descamps, vice-président.

Aucune transparence

Les robinets coupés, l’affaire prend donc une drôle de tournure. Elle est devenue étrange, en fait. Surtout que ce «dossier nous avait été présenté comme “plutôt bien ficelé” par le sous-préfet», trois jours avant la manifestation. Étrange, donc, mais aussi et surtout inquiétante car dangereuse. Suite aux nombreux contacts pris par les responsables de l’association, l’un d’entre-eux – le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF) présidé par François Veillerette – s’est avéré très important. Si ce n’est même capital puisqu’après «un examen rapide des formulations représentant 90% du stockage», François Veillerette a découvert
«qu’une demi-douzaine de spécialités interdites à l’emploi en France, et ce depuis plusieurs années», étaient inscrites dans la liste «des pesticides les plus toxiques devant être stockés sur le site» de Ternas.
Bref, pour un dossier dont les risques auraient été «minimisés» par certains,
la présence de certaines matières actives, comme le paraquat, par exemple, «un composé extrêmement toxique pour lequel il n’existe aucun antidote», ne fait donc qu’accroître la conviction des membres de NATS. À savoir que l’installation de ce site en plein coeur de la campagne ternésienne n’a pas lieu d’être. Mais aussi qu’on leur cache des choses, beaucoup de choses.

D
e nombreuses interrogations

Plusieurs faits plaident en ce sens, en effet. «Pourquoi ce dossier, s’interroge Frédéric Lefèvre (président de NATS), n’est-il toujours pas passé devant le Conseil départemental d’hygiène ? (le CDH aurait dû l’étudier dès février)» Si ce dernier est sans risque,
pourquoi la Mission inter services de l’eau (MISE) a-t-elle donc émis un «avis défavorable» sur le choix de rejet des eaux en milieu naturel présenté par Act’Appro? Comment se fait-il, aussi, «que nous n’ayons pas encore eu connaissance des résultats de l’enquête publique»? Et pourquoi donc «Act’Appro souhaite stocker des produits interdits d’utilisation»? Pour faire de son site de Ternas «une décharge»? Enfin, la DRIRE dans cette histoire, «ne profiterait-elle pas de tout ce temps pour peaufiner le dossier»?
Sans réponse à leurs nombreuses interrogations, les membres de NATS ont donc décidé de poursuivre leur combat (lire ci-dessous), « qui risque de nous amener devant le tribunal administratif», comme leur avait signifié le sous-préfet le 26 janvier dernier...


Fabrice BOURGIS


*Ce dossier prévoit la création d’un entrepôt de stockage de produits phytosanitaires à Ternas.