Découvrez les témoignages de personnes victimes des pesticides






Mélanie (département 27): "Notre propriété est entourée de champs cultivés en rotation maïs/colza/orge, sur 2 côtés à 15 mètres seulement de la maison. Le jour où j’ai appris que la prairie qui jouxtait le mur de la cour de sport de l’école, où mes filles étaient inscrites, avait été retournée et allait bientôt être semée en maïs, ma colère a été immense.

J’ai décidé de faire circuler une pétition dans le village, après avoir contacté le maire qui avait utilisé tous les recours possible (contacts avec le paysan, courrier à la DRAF et à la préfecture). La pétition a été accueillie assez favorablement par les gens qui semblaient dire que c’était allé assez loin cette fois. Nos enfants, quand même ! Le soir de ma première tournée dans le village j’ai appelé l’agriculteur. Notre contact a été bon mais ses arguments étaient les mêmes que ceux qu’on entend partout ("comment nourrir l’humanité ?", "Mon père a abusé c’est vrai, mais moi je suis en « raisonnée »", "je fais attention, d’autant que les produits me coûtent : 20000€ par an pour 180 ha !" et enfin le "vous croyez que je mettrai en danger ma propre famille?", ce dernier est le moins parable je trouve).

Deux jours après, alors que la pétition circulait, il est arrivé comme une furie, et a essayé de nous intimider. Après consultation de plusieurs associations, j’ai décidé de contacter la gendarmerie qui a pris note et m’a dit de les contacter pour de nouveaux faits. Là, ça n’était plus drôle. J’ai failli renoncer mais nous avons décidé de passer à l’offensive, en invitant à une réunion publique, pour un débat contradictoire, le paysan, des associations environnementales et les parents. Une des familles est allée l’annoncer au maire, pour l’inviter et lui demander la salle de la mairie. A ce moment, le maire a eu peur (il a peut-être craint une guerre de village), il est retourné voir le paysan, l’a raisonné, et 2 heures après est venu nous annoncer que le champ allait être loué à la mairie. Le champ vient d’être planté en prairie fleurie… Quand à nous, nous surélevons nos talus et ne cessons d’épaissir nos haies.

J’aimerai que le projet du Grenelle de l’environnement d’une bande de 100m protégée de tous traitements, soit réintroduit."


Anonyme: "Il y a quelque temps je me suis heurtée au maire de la commune qui faisait désherber les bords de route, murs et gourdon compris, dans le centre du village, au stade et à proximité de l'école maternelle. Là ou les mamans emmènent promener les petits, là où ils ramassent les fleurs ou les herbes pour faire des bouquets, comme font tous les enfants. Je lui avais fait part de ma surprise et de mon indignation. Je lui avais carrément dit qu'il "m'empoisonnait la vie au vrai sens du terme, puisqu'il m'imposait de respirer un air pollué par des cochonneries dont on peut se passer".

Un matin, lors d'une conversation plus calme, j'ai remis ça sur le tapis. Il m'a avoué que s'il pulvérisait du désherbant au centre du village, c'était par habitude, parce "qu'il n'avait pas pensé" qu'il existait d'autres méthodes. C'est ce que je lui reproche, "de ne pas penser"! Parce que, comble d'ironie, chez lui, il met en herbe et utilise un désherbeur thermique! Ce qui est quand même illogique! Il m'a cependant assuré qu'il n'utilisait pas de cet herbicide très connu, mais un produit moins nocif. Un désherbant qui tue les herbes sans tuer ce qui vit avec, il me semble qu'il faut être naïf pour y croire.

Ici, il existe bien de la culture, mais ce n'est pas une majorité, et les surfaces traitées sont bien moindres que dans la Beauce ou la vallée du Rhône. Même si à mon avis, c'est encore trop. Il y a nombre de cas de cancers de la prostate chez d'anciens agriculteurs, mais je ne saurais dire en quelle proportion et si c'est très important ou non par rapport à la population totale."